(Version féminisée du texte de Jean-François Caron et Marilyne Veilleux publié dans la Revue Argus Vol. 41. N°2 et N°3 – Hiver 2013.)

Peu de citoyen-ne-s sont resté-e-s indifférent-e-s face aux divers bouleversements du printemps dernier, période pendant laquelle la société québécoise a été invitée à débattre de l’éducation et, conséquemment, de son avenir. La conjoncture politique a donné lieu à une mobilisation sans précédent de la jeunesse, mais aussi de plusieurs groupes sociaux à l’échelle de la province. Devant les multiples attaques visant directement le droit à la connaissance, où étaient les bibliothécaires et les professionnel-le-s de l’information? Se sont-ils/elles positionné-e-s ou ont-ils/elles gardé le silence? Ce mutisme de la profession nous a menés à craindre qu’il puisse s’agir d’un désengagement social des « gardien-ne-s de la connaissance ».

1. Rôles sociaux et valeurs

Une certaine nostalgie est palpable au sein des milieux documentaires en ce qui a trait au passé militant des professionnel-le-s de l’information. Dans un ouvrage intitulé Bibliothécaire : passeur de savoir, publié par la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ) à l’occasion de son 40e anniversaire en 2009, un chapitre complet est dédié au bilan de l’engagement social des bibliothécaires lors de la période s’échelonnant entre 1975 et 1990. Ce chapitre brosse un portrait du/de la bibliothécaire engagé-e se battant pour le droit à l’information. Après tout, les bibliothécaires et les professionnel-le-s de l’information ont le mandat de mettre la pensée humaine en contact avec le document – avec l’information – et cette mission autoattribuée est vraisemblablement ancrée dans des valeurs d’inspiration humaniste.

Anticonférence à propos de l'engagement social, photo prise par Alexandre Guédon

Anticonférence à propos de l’engagement social, photo prise par Alexandre Guédon

Au Québec, deux documents sont fréquemment cités ou utilisés pour rappeler aux usager-ère-s des services d’information – et peut-être aussi à certains professionnel-le-s et élu-e-s – que les bibliothécaires sont guidé-e-s par des principes issus des sciences humaines et sociales : la Charte des droits du lecteur et le Manifeste sur la bibliothèque publique.

1.1. Liberté intellectuelle et démocratie

En pleine période de débat sur le rôle social des bibliothécaires dans la société, l’année 1976 a été marquée par l’adoption de la Charte des droits du lecteur par les hautes instances de la CBPQ, de l’Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED) et de l’Association des bibliothécaires du Québec – Quebec Library Association (ABQLA). Au cœur de ce document constitutif se trouve la défense du droit à la liberté intellectuelle que l’on définit comme « le droit fondamental d’accéder à toutes les formes d’expression du savoir et d’exprimer ses pensées en public » (CBPQ, 1976) et que l’on juge « essentiel et vital à une saine démocratie et au développement de la société québécoise » (CBPQ, 1976). La Charte des droits du lecteur précise même que « les administrateurs et le personnel des bibliothèques ont [...] l’obligation de s’opposer à toutes tentatives visant à limiter ce droit à l’information et à la libre expression de la pensée tout en reconnaissant aux individus ou aux groupes le droit à la critique » (CBPQ, 1976).

Près de 20 ans plus tard, en 1994, un manifeste sur la bibliothèque publique est produit par l’UNESCO, conjointement avec l’International Federation of Libraries Associations (IFLA). Ce manifeste, accepté à l’échelle internationale par la profession, définit les missions-clés de la bibliothèque publique. Nous en avons relevé quelques-unes en raison de leur lien plus direct avec l’éducation et la démocratie : 1) soutenir à la fois l’autoformation ainsi que l’enseignement conventionnel à tous les niveaux; 2) fournir à chaque personne les moyens d’évoluer de manière créative; 3) développer le sens du patrimoine culturel, le goût des arts, des réalisations et des innovations scientifiques; et 4) assurer l’accès des citoyen-ne-s aux informations de toutes catégories issues des collectivités locales.

1.2. Marchandisation du savoir

À partir du début des années 1990, une préoccupation sociale moins forte au sein de la profession se fait sentir. Armée d’une stratégie désormais inscrite dans une approche néo-libérale « s’opposant carrément à l’approche humaniste proche des revendications syndicales et sociétales de la période précédente » (CBPQ, 2009), la CBPQ ne peut que constater qu’un changement de paradigme a eu lieu dans le but de rejoindre davantage la communauté des affaires. Autrement dit, en acceptant l’idée qu’une valeur économique peut être conférée à l’information et en participant à la vie économique de l’entreprise, le/la bibliothécaire professionnel-le s’est en effet éloigné-e des luttes en faveur du bien commun. Et il/elle s’est tu-e.

2. Mouvements sociaux et silence des professionnel-le-s de l’information

Face au silence des professionnel-le-s de l’information dans l’espace public et à leur absence des débats de société, nous nous sommes posé des questions. Ce silence individuel et collectif est-il l’expression d’un devoir de réserve? Est-ce parce qu’ils/elles attendent que les prises de position se fassent par l’intermédiaire des associations professionnelles? Sont-ils/elles complètement désengagé-e-s des enjeux de société qui ne touchent pas de près ou de loin leurs professions?

2.1. Devoir de réserve et liberté d’expression

Au sein de la fonction publique québécoise, les opinions politiques des fonctionnaires sont encadrées, notamment par l’obligation de neutralité politique et le devoir de réserve (articles 10 et 11 de la Loi sur la fonction publique), afin de garantir l’objectivité nécessaire à la réalisation de leurs tâches.

10. Le fonctionnaire doit faire preuve de neutralité politique dans l’exercice de ses fonctions.
11. Le fonctionnaire doit faire preuve de réserve dans la manifestation publique de ses opinions politiques
. (Gouvernement du Québec, 2003)

Quant à elle, la Charte des droits et libertés de la personne garantit à tou-te-s la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique, ainsi que la liberté d’association.

Photo prise par Alexandre Guédon

Photo prise par Alexandre Guédon

Ces deux documents officiels présentent des idées difficilement conciliables, et le flou ainsi créé bâillonne le débat lorsque émerge un mouvement social, comme ce fut le cas au printemps 2012. Cette même situation a probablement aussi été vécue dans les milieux documentaires où le devoir de réserve est prescrit par un code d’éthique précis. Dans certains milieux, les professionnel-le-s de l’information se sont fait-e-s notamment refuser le port du carré rouge, tandis que celui-ci a été permis dans certaines bibliothèques. Plus concrètement, ils/elles n’ont, à notre connaissance, pas pris position dans les médias, n’ont pas écrit de lettre ouverte (à l’exception de certains enseignants de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information [EBSI]), ne semblent pas s’être insurgé-e-s contre cette attaque contre le droit à l’éducation et du fait même à l’information. La Pirathécaire l’a fait sous le couvert de l’anonymat, résultat à notre avis de l’atteinte à la liberté d’expression que représente un devoir de réserve toujours plus largement appliqué. Coincé-e-s entre des codes d’éthique divers, la Charte des droits et libertés de la personne et le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique, les professionnel-le-s de l’information sont resté-e-s silencieux, pour la plupart. Divisé-e-s entre eux/elles, ils/elles n’ont pas osé ouvrir le débat sur les liens possibles entre accès à l’éducation et accès à l’information. Devaient-ils/elles prendre position? À notre avis, il s’agissait de leur devoir. Mais le débat n’a pas eu lieu; il a prudemment été évité. Et les professionnel-le-s de l’information sont resté-e-s absent-e-s de la sphère publique, une fois de plus.

2.2. Associations professionnelles

Les associations professionnelles ont-elles pour rôle de prendre la parole pour les membres qu’elles représentent? Le devoir de réserve des professionnel-le-s de l’information pouvant en décourager plusieurs à prendre position publiquement dans les enjeux de société, nous pensons que la responsabilité revient aux associations professionnelles de veiller à prendre le pouls de leurs membres, au moyen d’assemblées générales ponctuelles et par le biais d’une démocratie directe, afin de les représenter publiquement. Lors du printemps dernier, la CBPQ a signé un communiqué dénonçant le projet de loi 78, mais ne s’est pas prononcée sur l’éducation. L’ASTED a quant à elle refusé explicitement de prendre position sur ces enjeux. Si les associations professionnelles n’ont pas pour mandat de représenter les membres et si les professionnel-le-s de l’information ne veulent pas se représenter eux-mêmes/elles-mêmes, comment envisager à long terme le véritable rôle politique et social de nos professions?

2.3. Désengagement

Le devoir de réserve des professionnel-le-s de l’information dans l’exercice de leur fonction doit-il s’appliquer à tous les enjeux de société auxquels nous ferons face? Devons-nous rester neutres lorsque des projets de loi et des choix gouvernementaux attaquent les principes fondamentaux de nos professions? Devons-nous rester neutres devant l’injustice, la pauvreté, l’endettement et l’analphabétisme? Ne serait-il pas de notre responsabilité de militer, afin de mettre de l’avant l’importance de l’accès à l’information et à la connaissance ainsi que de la défense du bien commun?

Devant l’absence des professionnel-le-s de l’information du débat public et de la récente participation des étudiant-e-s en bibliothéconomie et sciences de l’information au printemps érable, nous concluons que les professionnel-le-s ont choisi, pour leur part, de se désengager des enjeux de société actuels et nous nous questionnons sur les motivations de ce choix.

3. Espace de réflexion

Ce possible désengagement des professionnel-le-s de l’information nous mène à nous questionner sur le fait qu’il existe peu d’espaces de discussion pour stimuler la participation citoyenne et la réflexion, tant au niveau de la formation qu’au niveau professionnel. Une piste de réflexion intéressante réside en la possibilité de créer ces espaces, au moyen par exemple d’assemblées générales d’associations interprofessionnelles, d’anticonférences, de groupes de discussion, d’ateliers pratiques, de publications, etc.

Il est de notre responsabilité de repérer les espaces émergents afin de nous approprier nos moyens de production culturels et informationnels. Ce n’est qu’à partir de réels débats sur notre profession que des stratégies pourront être mises sur pied afin de mieux coordonner les messages et les valeurs de nos professions, et ainsi de clarifier notre rôle dans le politique.

Nous croyons que l’implication citoyenne et sociale doit se manifester de façon concrète, par des actions réelles solidement appuyées par le développement de discours et que c’est par notre implication citoyenne que nos professions rayonneront.

Bibliographie

CBPQ. 1976. Charte des droits du lecteur. Montréal : CBPQ
[https://cbpq.qc.ca/sites/cbpq.qc.ca/files/fichiers/corporation/Charte.pdf].

CBPQ. 2009. Bibliothécaire: passeur de savoirs. Montréal : Éditions Carte blanche, 202 p.

CBPQ. 2012. La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec se prononce publiquement contre la « loi 78 » et considère qu’elle brime les libertés civiles de notre démocratie. Montréal [https://cbpq.qc.ca/nouvelle/loi-78-la-cbpq-prend-position].

Gouvernement du Québec. 2003. L’éthique dans la fonction publique québécoise. [http://www.mce.gouv.qc.ca/ethique/] .

Gouvernement du Québec. 2012. Charte des droits et libertés de la personne.

[http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM].

IFLA/UNESCO. 1994. Manifeste sur la bibliothèque publique. La Haye (Pays-Bas) : IFLA. [http://archive.ifla.org/VII/s8/unesco/fren.htm].

Pirathécaire. Pirathécaire: le blogue que les bibliothécaires lisent en cachette. [http://pirathecaire.com/].

L’UPopSI n’organise pas de bibliothèques vivantes (pas à date, du moins), mais cette pratique émergente de partage de connaissances semble intéressante, notamment pour faire tomber les préjugés sociaux. Les bibliothèques vivantes s’inscrivent ainsi dans notre souhait de lutter contre les dominations et les exclusions sociales et politiques. Voyons un peu comment ça marche.

La bibliothèque vivante — human library en anglais, terme maintenant préféré à living library, — est basée sur une culture de transmission orale des connaissances populaires. En effet, dans une bibliothèque vivante, les « livres » empruntables sont en réalité des personnes, sélectionnées en fonction de certaines caractéristiques de leur personnalité ou de leur histoire, vis-à-vis de la thématique de l’événement. Ces personnes ne sont pas choisies pour leur expertise académique, mais bien pour leur propre expérience pratique d’un domaine. Par exemple, lors de la bibliothèque vivante organisée à Montréal dans le cadre du Festival Présence Autochtone, « le public était invité à ‘emprunter’ une personne, que l’on appelait ‘livre’, pour discuter d’un thème établi en lien avec les réalités autochtones ».

Mis à part « emprunt » et « livres » beaucoup du vocabulaire et des pratiques des bibliothèques vivantes sont empruntés aux bibliothèques traditionnelles. Car pour « emprunter » des « livres », pour une durée limitée — généralement de 20 à 30 minutes —, le/la « lecteur-trice » doit d’abord s’inscrire; en outre, il/elle peut aussi réserver un « livre » déjà sorti. De même, les « livres » sont considérés comme des documentaires, inventoriés dans un catalogue, avec titres, sujets et résumés.
En valorisant la culture de l’oral, les bibliothèques vivantes prennent en compte la diversité culturelle des publics potentiels des bibliothèques publiques, qui sont actuellement des lieux de l’écrit où il est de bon ton de faire silence, comme le note Lionel Dujol dans son billet Une médiathèque avec des livres vivants de 2008. En effet, cette prépondérance de l’écrit exclut une partie de la population, moins habile avec ce moyen de communication. Or, au Québec, l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes de 2003 a révélé que près d’une personne sur deux (49%) a de faibles voire très faibles compétences en lecture et écriture, d’après les chiffres révélés entre autres par la Fondation pour l’alphabétisation. En développant des projets de bibliothèques vivantes, les bibliothèques publiques intégreraient, en théorie, près de la moitié de la population québécoise.
Pourtant, malgré leur nom et leur fonctionnement, il semble — pour le moment au Québec tout du moins — que les manifestations de bibliothèques vivantes sont rarement des initiatives de bibliothèques publiques, ce que regrette Marie D. Martel dans Comment être un bestseller? de 2011. En effet, elle estime que les « bibliothèques publiques québécoises […] devraient pourtant être, c’est le cas ailleurs depuis 10 ans, et à Toronto récemment, les promoteurs et/ou les partenaires de telles rencontres. » Ce sont ainsi en majorité des bénévoles qui organisent et participent aux événements de bibliothèques vivantes, dans des festivals, institutions scolaires, salons du livre, etc. Quelques bibliothèques publiques accueillent de tels activités, essentiellement dans des pays de culture anglo-saxonne : Angleterre, Australie, et dernièrement au Canada anglophone comme en fait part la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec dans un communiqué diffusé en début de cette année.

Dès la première bibliothèque vivante, à Copenhague en 2000, l’objectif principal de l’organisation Human library était de faire tomber les préjugés raciaux et socio-culturels, en mettant en contact des personnes qui, en temps normal, ne se seraient jamais rencontrées. Cet objectif s’appuie sur le principe que plus les personnes vont se connaître et comprendre leurs différences, plus elles vont se tolérer voire s’apprécier. Comme le dit également Lionel Dujol « l’objectif est de permettre de rencontrer des personnes d’autres cultures, de donner accès à d’autres savoirs, et ainsi d’aller au-delà des préjugés. ». Les bibliothèques vivantes s’inscrivent ainsi explicitement dans la lutte antiraciste. Plus largement, les exemples montrent aussi des volontés de lutte contre toute forme de discrimination et de domination sociale. Ainsi, les bibliothèques vivantes permettent de mieux connaître d’autres cultures, d’autres habitudes de vie, pour faire évoluer nos idées et convictions, dans le but de mieux vivre ensemble. Cet apprentissage concerne aussi bien le « livre » que le/la « lecteur-trice », et est favorisé par l’interaction possible entre les deux.

L’expérience de bibliothèque vivante au sein du Festival Présence Autochtone s’inscrit dans cette mouvance. Tout d’abord, elle part du constat « qu’il existe une méconnaissance marquée des Premières Nations au sein de la communauté québécoise et que cette ignorance nuisait à la compréhension des revendications autochtones », d’après des propos recueillis par Vincent Audette-Chapdelaine en 2011. Pour contrer cette incompréhension : « les objectifs de cet événement étaient de démanteler les préjugés envers les Autochtones du Québec, de créer un rapprochement et une ouverture entre Autochtones et non-Autochtones, et de favoriser une meilleure compréhension des enjeux autochtones. » Suite à un sondage auprès des « lecteur-trices » et des « livres », les organisateur-trices estiment avoir rempli leur mission, puisque
les répondant-es ont tou-tes affirmé qu’ils/elles avaient acquis de nouvelles connaissances grâce à leurs conversations avec les « livres » et qu’ils/elles voudraient participer de nouveau à un tel événement. De plus, le même sentiment a été partagé par les neuf « livres ».

La possibilité d’interaction entre « livre » et « lecteur-trices » constitue la différence majeure entre bibliothèques vivantes et bibliothèques publiques. C’est cette différence qui permet aux bibliothèques vivantes de rencontrer leurs objectifs contre les préjugés, en « donn[ant] l’occasion de questionner, d’émettre des commentaires, de critiquer et d’obtenir une réponse ou une explication ». Ceci rend chaque expérience d’emprunt unique. De plus, de par leurs objectifs, promouvoir des projets de bibliothèques vivantes est un acte politique, comme le croit Marie D. Martel dans cet autre billet de 2011.

Cette possibilité de partage de connaissances au cours d’une conversation entre deux individu-es non-spécialistes (au sens académique du terme) est aussi la volonté d’E-180, « un site de jumelage qui vous connecte à d’autres membres aux intérêts similaires aux vôtres afin de vous permettre d’apprendre de vos pairs, le temps d’un café. » E-180 se présente sous la forme d’une plateforme web, mise en place fin 2011. De tels projets tendent donc à se répandre au sein de la population, en marge des structures institutionnelles.

Faisons fructifier ces projets! Et prenons inspiration pour créer des initiatives dans nos bibliothèques en vue de favoriser les partages entre pair-es et les changements sociaux!



Idées et critiques sont les bienvenues en commentaire.

Comme l’anticonférence est une des activités privilégiées par l’UPopSI, il nous a semblé bon d’expliquer plus en détails ce que c’est, comment ça s’organise et ce qu’on y apprend.

Une anticonférence — ou unconference en anglais; aussi appelée non-conférence ou BarCamp — est un événement qui ressemble à une conférence mais sans conférencier-ère, ou plutôt, où tous les participant-es peuvent intervenir dans un espace libre de discussion. C’est une sorte de patchwork collaboratif : chaque participant-e apporte un bout de connaissance, d’idée ou d’opinion à tricoter en commun et, une fois l’ouvrage accompli, repart avec l’ensemble du patchwork. En effet, une anticonférence est bâtie sur le modèle du forum, dans le sens antique de place physique de discussion. Quatre principes régissent un tel forum :

  • Quiconque participe est la bonne personne
  • Tout ce qui arrive est la seule chose qui pouvait arriver
  • Ça commence toujours au bon moment
  • Quand c’est fini, c’est fini

(Traduction libre de « Whoever comes are the right people », « Whatever happens is the only thing that could have », « Whenever it starts is the right time » et « When it’s over, it’s over », principes qu’on retrouve dans beaucoup d’activités collaboratives. Je vous laisse chercher sur internet…)

Bref, l’anticonférence laisse libre cours aux participant-es présent-es de choisir les sujets et la durée des discussions. Non seulement ils/elles sont invité-es à intervenir, mais ils/elles le sont sur les sujets de leur choix. D’ailleurs, une anticonférence type commence généralement par une séance de remue-méninges — précédée ou non d’une présentation générale —, où il est décidé collectivement des sujets abordés, et du temps imparti par sujet. S’en suivent des ateliers ou des plénières de discussion sur les sujets ainsi établis, lors desquel-les chaque participant-e décide de son degré d’implication : être simple auditeur/trice, présenter un projet ou un commentaire, poser des questions, etc. Les ateliers ou plénières peuvent être modéré-es par une ou deux personnes chargées d’engager la discussion ou de la relancer, de distribuer la parole, de prendre des notes et de s’assurer de la bonne tenue des débats. Comprenez bien qu’il n’est pas question de contraindre quiconque à intervenir, et votre présence dans une anticonférence ne vous oblige aucunement à prendre la parole. Ça vous donne juste la possibilité de le faire si vous le souhaitez, pour partager vos propres expériences ou idées.

Une anticonférence est souvent une rencontre entre professionnel-les, ou amateurs-trices averti-es

Photo prise par Alexandre Guédon

Photo prise par Alexandre Guédon

, toutefois sans restriction d’accès. Cependant, l’organisation d’une anticonférence se fait sur une base individuelle volontaire, non institutionnelle, et se rapproche donc d’une initiative populaire. Ainsi, les anticonférences sont généralement le fruit de passionné-es, et non d’administratif-ves. Pour Patrick M. Lozeau et Marie D. Martel, rencontré-es à ce panel de l’UPopSI, cette façon de procéder apporte une grande liberté aux organisateur-trices qui compense l’absence de budget, et oblige même à innover pour trouver des commanditaires, entre autres. Cela permet également d’élargir le public potentiel aux professions connexes, pour une plus grande diversité dans les discussions et des débats plus riches. C’est ainsi une belle façon de décloisonner les silos professionnels et même d’intégrer les citoyen-nes intéressé-es.

L’absence de conférencier-ères vedettes et l’organisation moins conventionnelle permettent de limiter le temps de préparation ainsi que le coût de l’événement. Par conséquent, les frais d’inscription sont habituellement moins élevés que pour une conférence traditionnelle, voire nuls. Pour le BookCamp Montréal de 2011, par exemple, les frais ont été couverts en grande partie par une contribution financière libre des participant-es. On pouvait ainsi contribuer à hauteur de ses revenus, entre 0 et 50$ ou plus. Oui, il était possible de participer gratuitement! C’est d’ailleurs un principe défendu par l’UPopSI.

La formule de l’anticonférence semble satisfaire ses objectifs d’apprentissage, comme le montre un sondage effectué à l’issue d’une anticonférence de bibliothécaires en Australie en 2008, et dont on peut voir les résultats dans ce document pdf. La majorité des répondants déclare avoir plus participé, plus appris et s’être moins ennuyée qu’à une conférence traditionnelle. De plus, le niveau de professionnalisme perçu est similaire, et les sujets traités reflètent mieux l’actualité du domaine. Il est ainsi facile de découvrir les nouveautés dans son domaine de travail. En fait, ce qu’on apprend dans une anticonférence n’est pas LA solution à un problème donné, assénée par un-e spécialiste, mais la découverte et le partage de solutions possibles. À l’UPopSI, nous n’avons fait aucun sondage scientifique, mais il nous semble percevoir un fort enthousiasme des participant-es et de beaux échanges stimulants… N’hésitez pas à appuyer ou à contredire ces affirmations en commentaire ;) .

L’apprentissage se fait non seulement lors des échanges dans le cadre des ateliers, mais aussi par l’acquisition de compétences organisationnelles et en gestion de projet, permise par le déroulement transparent, collaboratif et horizontal d’un événement d’anticonférence. Ce mode organisationnel tend à responsabiliser tous les participant-es. Par ailleurs, la tâche de modérateur-trice, effectuée par des bénévoles et non des professionnel-les de la communication, est également formatrice, car il faut gérer les éventuels commentaires négatifs ou inappropriés, synthétiser rapidement, faire les transitions entre les sujets, gérer les temps d’interventions, etc.

En bref, une anticonférence est une occasion de partager des idées, des expériences et d’acquérir des connaissances entre pair-es d’un même champ professionnel, dans un espace libre de discussion.

Questions, remarques, d’accord/pas d’accord… les commentaires à ce billet sont bienvenus!

Collègues, ami-e-s, camarades et professionnel-le-s de l’information,

UPopSI vous invite à participer à un concours de diagramme de Venn, afin de créer des affiches, chandails et autres qui aideront le collectif à financer ses prochains évènements.

Si vous voulez participer, il suffit de créer un diagramme sur le thème général des sciences de l’information, le tout agrémenté de politique de gauche et de pratique-s révolutionnaire-s. Bonus pour l’humour.

Envoyez-nous un croquis ou une photographie de votre diagramme (par courriel au upop.bsi@gmail.com ou sur la page facebook) pour courir la chance de gagner l’article promotionnel qui sera créé, ainsi qu’un surnom.

Et que le diagramme le plus révolutionnaire gagne !

 

Merci à tous et à toutes pour votre participation à l’anticonférence « Être en sciences de l’information pour changer le monde ». Cet événement nous a permis de découvrir des initiatives et enjeux peu discutés dans la formation actuelle à l’EBSI. Nous avons créé un document Diigo rassemblant toutes les références et informations dont il a été question pendant notre rencontre. Bonnes découvertes !

Date: 10 octobre 2012
Heure: 11h30 à 13h30
Lieu: Pavillon Jean-Brillant (Université de Montréal), local B-4245

Bienvenue à tous et à toutes à notre premier évènement de l’automne !
Au programme, un laboratoire collaboratif !

Les participant-e-s sont invité-e-s à présenter rapidement (en 5 minutes maximum) une initiative inspirante, un projet d’implication social ambitieux, un enjeu capital, un questionnement d’actualité ou une piste de réflexion sur le thème des sciences de l’information. Nous vous encourageons aussi à amener avec vous des liens ou des références sur le sujet que vous présenterez. Cette structure libre permettra de stimuler le partage d’information et de savoir.

L’évènement sera aussi une bonne occasion d’accueillir les nouveaux étudiant-e-s de l’EBSI. Nous invitons donc tous ceux et celles intéressé-e-s par les enjeux sociaux liés aux sciences de l’information à se joindre à nous !

Gratuit et ouvert à tous et toutes ! Amenez votre lunch !

Joignez-vous à la discussion sur notre évènement Facebook !

Allons-y ! Changeons le monde ! B-)

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